Indépendance du Bénin :Le 1er août 1960, le Bénin déclarait son indépendance.


Érigé en modèle démocratique africain, le pays a pourtant connu de nombreuses périodes d’instabilité.

Le 24 octobre 1961, Émile Derlin Zinsou revient, dans une interview pour le JT français, sur un épisode historique de son pays. Pour celui qui est désormais l’ambassadeur du Dahomey en France, « c’est grâce à la France et à son chef, le général de Gaulle, que nous avons acquis l’indépendance d’une façon qui étonne encore le monde, puisqu’elle s’est faite sans heurts et sans effusion de sang ».

Un peu plus d’un an avant cette déclaration, le 1er août 1960, le Dahomey célébrait en effet le premier jour de son indépendance. Le transfert des pouvoirs s’opère, il est vrai, dans le calme. Les mots du nouveau président Hubert Maga, qui déclare à l’Assemblée nationale « que les liens de la jeune République avec la France demeurent plus vivaces que jamais » ont certainement aidé.


« Si vous voulez la guerre, je suis prêt »
Soixante-dix auparavant, pourtant, c’est avec les armes que les militaires français s’octroient ce territoire ouest-africain de 110 000 km². À l’époque, celui-ci est divisé en plusieurs royaumes. Ceux de Porto-Novo du roi Toffa et de Cotonou ont été placés sous tutelle française par le traité de Ouidah signé en octobre 1890. Mais celui de Danhomé, au sud, résiste. Le chef du royaume s’oppose à la présence française sur ses terres.

Son nom : Bédazin Boaijéré Honu Bowelé, appelé plus communément Béhanzin. De 1890 à 1894, le souverain fomentera divers manœuvres pour déstabiliser l’envahisseur, à coups de razzias, d’offensives armées et de prise d’otage. La lettre qu’il écrit en 1892 au gouverneur de Porto-Novo Victor Ballot montre toute sa détermination : « Si un de nos villages est touché par le feu de vos canons, je marcherai directement pour briser Porto-Novo et tous les villages lui appartenant […] Si vous voulez la guerre, je suis prêt. »

Pour la France, il faut se débarrasser de ce roi belliqueux qui menace ses ambitions. Le commandant Alfred Dodds, un métis qui s’est distingué quelques années auparavant lors de la guerre du Tonkin, est envoyé sur place. Sa mission : mener à bien l’expansion coloniale et mater la résistance du royaume.

Quelques mois après son arrivée, il fait venir 3 000 hommes, pour gonfler les rangs de l’armée française. Les batailles qui suivent signent la perdition des Dahoméens. Le corps-à-corps des Amazones, cette unité entièrement féminine de la communauté Fon, ne fait pas le poids face aux armes à feu des colons.

Le roi Béhanzin tente de négocier avec les Français. En vain. Les soldats prennent Abomey, la capitale du royaume. Et hisse le drapeau français dans la cour du palais royal à la place des statues des rois d’Abomey, qui seront envoyées au musée d’Ethnographie du Trocadéro à Paris.

En 1894, Béhanzin se rend aux autorités coloniales et est déporté aux Antilles. Le 22 juin de la même année, les différents royaumes du territoire et le tout récemment conquis Danhomé sont placés sous protectorat français, et réunis sous le nom de « Colonie du Dahomey ».

Après la Seconde Guerre mondiale, une vie politique foisonnante
L’année suivante, la nouvelle colonie devient membre de la fédération de l’Afrique-Occidentale française (A-OF). Les Dahoméens peuvent entrer dans la fonction publique et servir dans d’autres territoires de la fédération. Comme à peu près partout en Afrique, c’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que les contours d’une vie politique locale se dessinent, encouragée par les recommandations émises lors de la conférence de Brazzaville en février 1944.

L’avènement de la IVe République française, le 13 octobre 1946, ouvre la voie à la formation du Conseil général par territoire. Celui du Dahomey voit le jour un mois plus tard. Ses représentants constituent un Conseil de la République qui siège au Grand conseil de l’Afrique-Occidentale française (A-OF) et à l’Assemblée de l’union française.

À la même période, des mouvements politiques locaux commencent à s’organiser. Augustin Kokou Azango et Émile Derlin Zinsou fondent le premier grand parti dahoméen, l’Union progressiste dahoméenne (UPD). Un second groupe influent, le Bloc populaire africain (BPA) est également créé par Émile Poisson et Justin Tométin Ahomadégbé.

Mais très vite, des querelles entre les tout nouveaux chefs politiques du pays éclatent. Les alliances et les défections se multiplient, et rendent l’échiquier politique flou et morcelé. Mais engendrent en même temps un bouillonnement intellectuel sans précédent au Dahomey, devenu le « quartier latin de l’Afrique » selon les mots du philosophe Emmanuel Mounier.

L’autonomie puis l’indépendance
Dans le Nord, un homme se pose en rassembleur. Hubert Maga, député au sein du groupe des Indépendants d’outre-mer à l’Assemblée nationale et ancien instituteur, s’impose peu à peu avec son parti, le Mouvement démocratique dahoméen (MDD), qui devient en 1957 le Rassemblement démocratique dahoméen (RDD).

Au sud, l’UPD pâtit de la prolifération de partis plus confidentiels. Toutes ces formations vont peu à peu prendre l’ascendant sur la vie politique dahoméenne, à mesure que la colonie s’émancipe. L’instauration de la Ve République en 1958 fait du Dahomey une république à part entière, membre de la Communauté française.

Sourou Migan Apithy – qui a quitté la Fédération du Mali pour le Conseil de l’entente de Félix Houphouët-Boigny – est promu président du Conseil de gouvernement et, en avril 1959, la première Assemblée nationale dahoméenne est élue sans majorité politique distincte.

C’est donc un gouvernement d’union nationale qui conduira le pays à l’indépendance. Hubert Maga « le rassembleur » est élu premier président du Dahomey, le 26 juillet 1960. Et proclame l’indépendance du pays le 1er août.

Le président hérite d’un pays de deux millions d’habitants, qui tire ses revenus de la production d’huile de palme. Mais la situation socio-économique critique du Dahomey engendre très vite manifestations et grèves. La personnalité fédératrice d’Hubert Maga, celle-là même qui l’a porté au pouvoir, ne suffit plus. Les troubles sociaux et politiques entraînent le coup d’État militaire du colonel Christophe Soglo, le 28 octobre 1963. L’Assemblée nationale est dissoute et la Constitution suspendue.

Hubert Maga se réfugie en Côte d’Ivoire, mais continue depuis Abidjan d’intervenir dans la vie politique tumultueuse du Dahomey. Entre 1963 et 1972, le pays connaît une série de cinq coups d’État, et pas moins de onze présidents. Le « quartier latin » du continent devient « l’enfant malade de l’Afrique ». Un système de présidence tournante au sein d’un Conseil présidentiel, avec mandat bi-annuel, est instauré en 1970. Mais il volera en éclats deux ans plus tard, le 26 octobre 1972, lors du coup d’État orchestré par Mathieu Kérékou.

À la tête tête du pays, cet ancien soldat de l’armée française devenu colonel instaure un pouvoir militaire d’inspiration marxiste-léniniste, avec l’appui du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB). En 1975, l’appellation « Dahomey » est d’ailleurs supprimée, au profit de « République populaire du Bénin ». Pendant des années, le régime mène une politique anti-religieuse sévère, et s’oppose à la sorcellerie et au culte vaudou.

L’État dirige tous les secteurs de l’économie, conduit la réforme agraire et développe l’industrialisation. Mais les différentes initiatives en faveur du développement économique du pays – avec les constructions d’une cimenterie à Onigbolo et d’une sucrerie à Savè par exemple – ne portent pas leurs fruits. À cela s’ajoute une répression politique forte. Elle entraîne l’emprisonnement, l’exil ou même la mort de nombreux leaders d’opinion.

À la fin des années 1980, la situation s’aggrave. Le pays est mis sous perfusion du Fonds monétaire internationale (FMI) et la chute des pays communistes de l’Europe de l’Est prive le Bénin de ses pays amis. En 1988, le président cède : il annonce la fin du socialisme béninois et la fin du régime politique en vigueur depuis 1972.

En 1990, la Conférence nationale souveraine élabore une nouvelle Constitution qui instaure, entre autres, le rétablissement des libertés individuelles et le retour du multipartisme. Cet événement marque le début du « vent du renouveau démocratique » en Afrique qui a progressivement mis fin aux régimes de parti unique. Des événements similaires ont par exemple eu lieu au Congo, au Zaïre, au Gabon et au Niger.

Modèle démocratique ?
Dans la République du Bénin – le qualificatif « populaire » a été abandonné –, l’élection présidentielle de 1991 porte Nicéphore Soglo à la magistrature suprême. Mais l’ancien président n’a pas dit son dernier mot puisque cinq ans plus tard, Mathieu Kérékou est réélu à la tête du pays, comme en 2001. Mais le Bénin étoffe sa démocratie, et organise les premières élections municipales et communales en décembre 2002.

En 2006, l’alternance politique devient réalité, avec la victoire à l’élection présidentielle de Thomas Boni Yayi des Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE). L’ancien directeur de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) est réélu cinq ans plus tard, en 2011. En 2016, ne pouvant se représenter à un troisième mandat, il tente d’imposer un dauphin, le Franco-Béninois banquier d’affaires Lionel Zinsou.

Celui-ci sera finalement battu au scrutin par un autre « businessman », qui a fait fortune dans l’égrenage du coton, Patrice Talon. Le 6 avril 2016, le nouveau président prête serment. Érigé en modèle de démocratie depuis les années 1990.

Patrice Talon

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